Une étude récente a analysé
l’utilisation actuelle ou potentielle à venir
des TIC dans les universités européennes. Ses
résultats dressent un tableau complet des
progrès et des limites de nos établissements
d’enseignement supérieur.
Cet article résume les
principales conclusions de l’étude
Virtual Models of European
Universities (Modèles virtuels d’universités
européennes). Le texte introduit certains des
thèmes majeurs qui seront abordés dans notre
forum consacré à ce sujet.
Entrez dans notre Forum Hasard ou
nécessité ? Les universités et
l’e-learningL’étude Virtual Models
of European Universities a été réalisée en 2002
et 2003 pour la DG Éducation et Culture de la
Commission européenne par la société de conseil
danoise Rambøll Management. Le but de cette
étude était d’analyser l’utilisation actuelle et
potentielle des TIC dans les universités
européennes à des fins éducatives et
organisationnelles. Les lignes qui suivent
constituent une adaptation libre des conclusions
de cette étude.
Quatre catégories
d’universités Les réponses fournies
par plus de 200 universités européennes ayant
participé à cette étude ont permis de les
diviser en quatre catégories en fonction de leur
utilisation actuelle des TIC dans un contexte
éducatif et organisationnel :
1. Les universités
pionnières (18 %), qui se distinguent par leur
prééminence à tout point de vue, notamment au
niveau de leur coopération avec d’autres
universités et fournisseurs de services
éducatifs.
2. Les universités
privilégiant les partenariats (33 %), qui se
caractérisent par l’importance qu’elles
accordent à la coopération stratégique avec des
universités locales ou étrangères et d’autres
fournisseurs de services éducatifs. À l’instar
des universités pionnières, l’intégration des
TIC à leur enseignement sur site est déjà assez
avancée, mais leur utilisation de cours
e-learning et de services numériques est plus
restreinte.
3. Les universités
autosuffisantes, qui représentent plus de 36 %
du total, forment le groupe le plus important.
Leur niveau d’intégration des TIC dans les
contextes organisationnel et éducatif est proche
de celui des universités privilégiant les
partenariats, mais elles sont peu impliquées
dans une coopération stratégique avec d’autres
universités et fournisseurs de services
éducatifs.
4. Les universités
sceptiques (15 %) accusent un retard sur leurs
homologues quasiment à tous les niveaux. Elles
se caractérisent par une utilisation restreinte
des services numériques, par une faible
intégration des TIC à leur enseignement sur
site, ainsi que par une proportion très limitée
de cours e-learning.
C’est en Espagne et
au Royaume-Uni que l’on trouve le plus grand
nombre d’universités de la catégorie 1 (22 % et
19 %). Les universités de catégorie 2 sont
présentes dans tous les pays, mais ce sont la
Suède et l’Allemagne qui en regroupent le plus
grand nombre (18 % chacune). 36 % des
universités de catégorie 3 se situent au
Royaume-Uni. Et enfin, la catégorie 4 est
surtout représentée en Italie et en
Allemagne.
Les fondements de
l’utilisation des TIC sont en
placeL’étude a révélé que, dans
l’ensemble des universités, presque tout le
monde avait à la fois accès aux ordinateurs, à
l'Internet et à des comptes de messagerie. En
d’autres termes, les bases essentielles
nécessaires à l’utilisation des TIC sont en
place. Neuf universités européennes sur dix
disposent de réseaux intranet fournissant des
informations, même si seules cinq sur dix
proposent des services numériques interactifs.
Dans l’avenir, l’objectif principal, en
matière d’organisation, sera l’amélioration de
l’infrastructure technologique. La
quasi-totalité des universités espère disposer
d’un réseau intranet d’ici un à deux ans et,
dans leur grande majorité, proposer des services
numériques, tels que l’inscription en ligne aux
cours et examens.
Une stratégie TIC
doit être mise en place par les équipes de
direction des universitésL’existence
d’une stratégie TIC constitue un moteur
important du processus de développement des TIC.
En ce sens, l’absence d’un soutien manifeste de
l’équipe de direction de l’université et le fait
qu’elle ne considère pas l’intégration des TIC
et l’e-learning comme une priorité constituent
un obstacle considérable dans de nombreuses
universités de l’Union. L’étude a démontré que
cela est en partie la conséquence d’un
désintérêt historique des équipes de direction
des universités pour les TIC et l’e-learning,
qui n’ont jamais été considérés comme des
activités clés. Dans les années à venir,
l’intégration des TIC et de l’e-learning
tendront à passer du stade de projet et
d’expérience à celui de partie intégrante du
fonctionnement normal de toutes les activités
universitaires.
L’étude a montré que les
projets pilotes et expérimentaux constituaient
un moteur essentiel du processus de
développement. Toutefois, elle a conclu que la
plupart des universités doivent encore relever
le défi non négligeable de l’intégration et de
l’ancrage dans leur stratégie et leurs activités
globales des résultats et de l’expérience
obtenus grâce aux projets de développement. Là
encore, la nécessité d’une forte implication des
équipes de direction des universités a été mise
en exergue.
La limitation des ressources
financières s’est révélé être un obstacle
considérable au progrès vers une utilisation
généralisée des TIC et de l’e-learning.
Cependant, l’étude a également montré que le
manque de financement est souvent la conséquence
du manque d’intérêt des équipes de direction des
universités à l’endroit de l’intégration des
TIC.
L’absence d’une structure
générale d’assistance en matière d’e-learning
nuit à son développementL’étude a
clairement indiqué qu’une unité TIC et une
structure d’assistance efficaces étaient des
conditions indispensables à l’intégration des
TIC et de l’e-learning, ainsi que la condition
préalable à une utilisation réussie des TIC.
Toutefois, dans de nombreuses universités de
l’Union, les structures actuelles d’organisation
semblent souvent empêcher l’intégration des TIC
et de l’e-learning. Cela s’explique notamment
par la grande diversité des approches
caractéristique de nombreuses universités ne
possédant pas de structure générale d’assistance
à l’enseignement basé sur les TIC. Les unités
centrales proposant une assistance
professionnelle et une aide en matière de TIC
sont particulièrement importantes. A l’avenir,
les TIC ne se limiteront plus à des projets
individuels ou à des parties d’une organisation,
mais elles seront intégrées à toutes les
activités de cette dernière, l’unité TIC
devenant ainsi considérablement importante d’un
point de vue stratégique.
D’un autre
côté, de nombreux étudiants ont encore besoin
d’une assistance et de cours de premier niveau
en matière de TIC. La plupart des universités
répondent à ces besoins. Dans 77 % des
universités ayant participé à l’étude, la
majorité des enseignants, voire la totalité, ont
accès à une aide technique pour l’intégration
des TIC à leur enseignement. Toutefois, le
chemin semble encore long avant que ces cours et
ces mécanismes d’assistance ne deviennent une
partie intégrante de la vie universitaire
classique.
Des mesures d’encouragement
doivent être prises L’expérience
personnelle et l’enthousiasme des universités
pionnières se sont révélés être un véritable
moteur. Toutefois, la structure
organisationnelle et l’équipe de direction
doivent soutenir le travail de ces universités
pionnières. L’étude a conclu que les mesures
d’encouragement liées à l’intégration des TIC
dans l’enseignement ne correspondaient pas à
l’engagement et au dévouement requis pour leur
mise en place. Des mesures d’encouragement
telles que les primes ou davantage de temps
libre ne sont que rarement utilisées par les
équipes de direction pour favoriser le recours
aux TIC. Au cours des prochaines années, des
mesures doivent être prises auprès des
différentes facultés, des établissements
scolaires et des enseignants afin d’encourager
le développement des TIC. Pour ce faire, la
motivation doit se baser sur la prise de
conscience des avantages découlant de
l’intégration des TIC, ainsi que sur l’octroi
aux enseignants d’heures de disponibilité pour
développer du matériel
d’enseignement.
L’utilisation des TIC
pour une nouvelle conception de l’éducation en
est encore à ses
balbutiementsL’étude a clairement
indiqué qu’au cours des deux dernières années,
le niveau général d’intégration des TIC dans
l’enseignement a nettement augmenté dans les
universités de l’Union européenne. Cependant, la
majorité des universités en sont encore au stade
d’une utilisation des TIC consistant à
considérer l’ordinateur comme une machine à
écrire sophistiquée et comme un moyen de
faciliter la communication au service de la
pédagogie et de la didactique traditionnelle :
par exemple, par l’utilisation de logiciels de
présentation, de bases de données ou de modules
de simulation. Seule une minorité d’universités
a déjà atteint le stade d’une utilisation des
TIC comme outil destiné à repenser les
programmes d’enseignement, leur contenu et leurs
programmes d’études sur la base de cadres
didactiques inédits.
L’offre en
e-learning va considérablement augmenter dans
les années à venirLa plupart des
universités proposent quelques cours e-learning.
Toutefois, dans la plupart des matières,
l’e-learning ne semble pas être un mode
d’enseignement privilégié à l’université, que ce
soit avant ou après la licence. L’étude a
indiqué qu’une nette augmentation du nombre de
cours proposés sous forme d’e-learning était à
prévoir, car 65 % des universités affirment en
faire l’une de leurs principales priorités pour
les deux prochaines années.
L’étude a
également révélé que, selon les universités,
l’e-learning est davantage adapté aux étudiants
de deuxième et troisième cycle et doit être
minutieusement adapté au groupe cible en
question.
Un manque de systèmes
d’assurance-qualitéSi la question du
contrôle de la qualité des cours e-learning est
considérée comme un enjeu majeur, seule une
petite partie des universités a déjà développé
des systèmes complets d’assurance-qualité conçus
pour les cours e-learning.
Quatre
principaux obstaclesL’étude a révélé
que les universités doivent faire face à quatre
grands obstacles qui sont des défis majeurs dans
leur progression vers une utilisation étendue
des TIC et de l’e-learning :
1. De l’initiative
individuelle à la culture universitaire. Pour la
plupart des universités, le premier défi
consiste à faire des TIC une composante de
l’enseignement classique, et non plus des
technologies utilisées uniquement pour répondre
à de simples initiatives individuelles ; or,
cela est entravé par l’absence d’une approche
globale cohérente de la part des équipes de
direction en matière d’intégration des TIC, à
laquelle s’ajoute bien souvent une résistance à
tout changement dans la culture
universitaire.
2. Des connaissances
insuffisantes. La majeure partie du personnel
universitaire ne connaît pas le potentiel des
TIC ni les nouvelles façons de les utiliser.
3. Le
faible nombre des ressources TIC. L’étude a mis
en relief la faible quantité de matériel
d’enseignement de haute qualité basé sur les
TIC. Cette carence est la conséquence naturelle
d’un niveau de développement encore généralement
insuffisant. Et, dans la mesure où les équipes
de direction et le personnel enseignant ont
besoin d’une base solide pour commencer à
développer leur propre matériel, ce manque
constitue un obstacle majeur. En outre, le
développement de matériel basé sur les TIC et de
contenu e-learning est très onéreux. Il y a donc
un besoin de mesures d’encouragement accru pour
entreprendre ce développement, d’initiatives
nationales et régionales pour le soutenir, et
d’une coopération destinée à diluer les coûts de
développement.
4. Des
réglementations doivent être définies. Les
tendances américaines vont sans doute arriver en
Europe, du fait de la production de masse de
matériel d’enseignement et de
l’industrialisation progressive de ce processus.
Par conséquent, les réglementations relatives
aux droits de propriété intellectuelle et aux
systèmes de paiement destinés à accroître le
partage et la réutilisation des ressources
d’apprentissage devront être affinées. Cette
évolution va mettre à l’épreuve les valeurs
traditionnelles de la liberté universitaire et
de l’enseignement basé sur la recherche
individuelle des professeurs.
Quelques
recommandationsL’étude définit
plusieurs recommandations utiles aux niveaux
européen, national et universitaire. Parmi
elles, le rapport souligne le développement de
systèmes d’assurance-qualité et de matériel
d’enseignement de haute qualité basé sur les TIC
ainsi que l’établissement de normes standard
pour les métadonnées. Ces trois points sont
fondamentaux pour l’avenir de l’e-learning. Les
droits de propriété intellectuelle et les
systèmes de paiement doivent également être
réglementés afin d’augmenter le partage et la
réutilisation des ressources d’apprentissage.
Le développement de stratégies TIC
claires, un engagement clair de la part des
équipes de direction, la mise en place de plans
de coopération efficaces ou encore le
développement de modèles d’activité figurent
également parmi les recommandations les plus
importantes issues de l’étude.